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Big shoot

 

« Une cage de verre », dit Koffi Kwahulé, « En tous les cas pas un ring. Surtout pas. » Le public qui entre en scène est le dernier public, venu du bout du monde, venu voir Stan se faire exécuter par Monsieur. On peut tuer n’importe où ; il suffit d’un pistolet, d’une ampoule, d’un micro, d’une chaise. La cage de verre ne sera donc pas réelle, elle signifie simplement qu’il existe un espace de la mort et de la monstration, qui peut en accueillir toutes les manifestations, contenues peut-être par quelques traits aux angles illogiques qui viennent balafrer la scène. Mais il y a vous public, qui existez, mais qui n’êtes pas celui que les acteursregardent, puisqu’ils sont Monsieur et Stan, qui n’existent pas, qui ne peuvent pas exister. Au mieux des porte-voix. Alors vous contemplez, (comme à travers les vitres d’un grand restaurant) celui qui après tant d’autres a souhaité être consommé, finement apprêté par Monsieur, doublé par un imperturbable échanson du jazz, pianiste monolithique qui ne vient jamais perturber le vrai-faux face-à-face des deux comédiens mais sert la musique à leur table. A travers les vitres de la cage de verre, tout cela résonne en un brouhaha furieusement joyeux. Des acteurs jouent le bourreau et sa victime, qui jouent à l’artiste. Parfois, l’acteur sort un peu de son étuve et vient, sur le pas-de-porte de la scène, écouter d’autres rumeurs lointaines, le génocide du Rwanda, les exécutions des corridas et des stades, les rires clownesques des Bienveillantes (vous reprendrez bien un petit peu de mort). Vous réalisez alors, face au spectacle du spectacle de la société agonisant de sa propre consommation, que la posture de spectateur n’implique pas que le théâtre, mais aussi les rituels sacrificiels, les mises à mort publiques et pardessus tout le statut de témoin. Monsieur-Stan frissonnant dans sa cage de verre est l’éternel visage à deux faces du bourreau et du sacrifié, mais grimaçant ici sous le maquillage de la farce et de la fiction. Un jour prochain, un nouveau public viendra coller son nez aux glaces du “Big Shoot”, où tout a été minutieusement préparé pour lui, comme la mort pour le vivant qu’elle attend. Mais cette préparation n’est jamais celle des réponses définitives : comme des odeurs, mais pas de nourritures. Des bruits, des sons jaillis d’un néant visible, la plainte amoureuse du jazz qui sans cesse meurt et se recrée, un chien qui aboiera trois fois à la fin, pour vous préparer au prochain spectacle, servi avec un nouvel assaisonnement, les nouvelles scansions d’un concert qui s’emballe. Vous ne pourrez jamais être sûrs que demain tout se répète, que tout ce que vous avez vu a été répété, puisque sur scène chacun joue à la roulette russe et que l’on ne sait pas ou se cache la balle
dans le barillet.


 

 

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