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Gibiers du temps

Gibiers du temps

« La forêt obscure – La colline ensoleillée – Apparition des trois bêtes : Dante recule vers la forêt – Apparition de Virgile – La prophétie du lévrier – En route vers l’outretombe. » Chant I de l’Enfer « Enfers intermédiaires. Cadavres d’anges, si on veut. Ou d’hommes et de femmes dont certains sont affublés d’ailes-crânes d’oiseaux dans le genre charognards. Sorciers-prophétesses, mourants-morts des temps engloutis. » Prologue de Gibiers du temps Comme le premier volet de La Divine Comédie de Dante, l’épopée Gibiers du temps se déroule en Enfer, un certain Vendredi de Pâques. En abordant le travail dramaturgique de Gibiers du temps, j’ai été amené à me poser la question de l’Enfer aujourd’hui et de ses représentations. Quels pourraient être les visages de l’Enfer dans une société ultralibérale ou « tout vaut tant » ? Il ne m’a pas fallu chercher très loin. Nos mégalopoles regorgent de ces espaces où l’humanité est réduite à la plus grande pauvreté de ses rapports. De nos jours, tout autour de nous, les villes immenses sont comme les réceptacles de tous les maux de l’univers, comme des entonnoirs où viennent s’engouffrer les douleurs éparses de la planète. Et plus on descend dans les entrailles de ces territoires sans bornes, plus la misère est visible, plus la mort est palpable. Ici, et dans la microsociété que Gibiers du temps met en acte sur le plateau du théâtre, le commerce et la quête du capital se sont imposés comme devoir et nécessité. Nous, hommes, faisons commerce de tout et partout, les corps et les âmes se vendent ou s’échangent selon les lois du marché. Gibiers du temps est une convocation de l’au-delà, un rappel pour les ombres et les anges déchus, un espace de parole pour ceux qui ne l’ont plus. Dans cette histoire, les mythes et les dieux sont morts, vivotant au mieux. Certains reviennent, cependant, sur le théâtre des opérations, pour la dernière vengeance, le dernier numéro ou le dernier fou rire. Pour vous aussi, spectateurs-acteurs de cette tragédie clownesque, nous espérons ce rire, celui de la tendresse ou de l’immunité, le rire préenregistré ou celui qui nous dépasse. Ainsi, avec Gibiers du temps, ensemble, tous vivants mêlés, nous déambulerons dans la ville immense, nous suivrons le retour et le chemin de Thésée, l’exclu parmi les exclus. Nous irons en ces lieux où le corps est marchandise, objet d’assouvissement. Nous visiterons ces nouveaux temples de la consommation, dans lesquels nous nous réjouissons, achetons et vendons, donnons et reprenons. Nous naviguerons, entre drôlerie et cruauté.

 

 


 

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